Obtenir des secrets : finalité commune des intelligences économiques

Publié le par Terry Z.



Qui n'a jamais rêvé d'obtenir les secrets commerciaux de ses concurrents, de ses fournisseurs, de ses clients ?

Seriez-vous étonné, à l'heure des affaires d'espionnage industriel ou "d'intelligence économique" (exemples : un grand fournisseur d'électricté de France, un fabricant d'armes électriques avec un leader politique d'extrême-gauche,...), si je vous disais qu'avant d'en venir à ces extrêmes totalement stupides, des moyens légaux, moins onéreux et moins risqués, mais, "bizarrement", rarement utilisés dans le type d'affaires précitées (d'où mon "stupides"), peuvent être mis en oeuvre et se révéler d'une redoutable efficacité ? Voulez-vous des exemples ?


Dans une visée courtermiste, si vous avez épuisé les sources numériques et votre réseau, vous pouvez toujours vous rabattre sur l'"obtention".
L'"obtention" est la collecte d'informations auprès d'une cible qui ignore qu'elle est l'objet d'un interrogatoire.
Simple conversation pour elle, mais petit exercice intellectuel pour vous car vous devrez employer une série de tactiques conversationnelles. Vous vous dites que ce n'est pas dans vos cordes ?
N'avez-vous jamais vu faire un vendeur de télévision ? N'avez-vous jamais consulté une diseuse de bonne aventure (je ne vous en voudrai pas si ce n'est pas le cas, mais l'exercice est intéressant)? N'avez-vous jamais consulté un psychiatre ou un docteur ? N'avez-vous jamais essayé d'en savoir plus sur les petits amis de votre fille ?
Vous voyez que vous en êtes capable ! Et pour vous rassurer, voici une petite série de techniques d'interrogatoires.

Vous voici dans un salon professionnel, tranquillement en train de boire un café au côté d'un employé de la concurrence (c'est un pur hasard...non?).
Engagez la conversation puis orientez la vers les sujets qui vous intéresse :
- En flattant l'égo : "Je vous ai entendu parler de tel sujet au stand X, vous m'avez l'air d'être un spécialiste du domaine..."
- En faisant part d'un intérêt commun : "Lors de votre intervention, vous avez montré l'utilité de tel logiciel, je suis moi-même un utilisateur convaincu..."
- en prêchant le faux pour savoir le vrai. La nature humaine est ainsi faite que nous aimons corriger les allégations fausses et paraitre bien informé lorsque cela est le cas (ou non d'ailleurs...) : "J'ai entendu dire que l'entreprise X était éventuellement intéressé par l'achat de l'entreprise Y..."

Bien sûr, l'exercice de l'"obtention" est complexe et subtil et il demande de prendre d'extrêmes précautions :
- Vous serez peut-être amené à vous y prendre à plusieurs fois. Ne soyez pas pressé, cet exercice demande de la patience. "Bousculer" votre cible pourrait éveiller ces soupçons coupant court à toute chance de réussite.
Laissez la cible développer un sujet sans intérêt, la conversation prenant de l'intérêt pour elle. Vous pourrez rebondir sur le sujet qui vous intéresse de façon plus approfondit lorsqu'un peu de connivence apparaitra.
Si, par chance, vous obtenez les précieuses informations, n'interrompez pas l'échange de manière trop abrupte et laissez une impression positive, au cas où...
- réfléchissez à une bonne couverture. Si vous ne voulez pas vous présentez comme appartenant à la concurrence, reflechissez aux manières différentes de vous présenter.


Après cette présentation succincte de quelques techniques conversationnelles (j'en avais déjà developpé d'autres ici), passons au moyen, voire long terme (mais rien ne vous empêche de faire de votre cible votre nouveau partenaire de golf ou de tennis, attention toutefois à la couverture que vous avez employée).

Mettez en place une veille active sur votre concurrent, captez ses apparitions dans la presse, sur internet, dans les colloques. Capitalisez ces informations, recoupez-les, analysez-les, synthétisez-les.
Cette base de données se constituant deviendra une source riche d'informations et pourra vous dévoiler des informations supérieurs à celles que vous auriez acquit si vous les aviez pris une à une de façon déstructurée.
Par exemple apprendre qu'au temps T, votre concurrent effectue une augmentation de capital sans stocker cette information et apprendre qu'en T+1, votre concurrent acquiert un de ses fournisseurs (au risque d'avoir oublié ce qu'il s'est passé au temps T) n'a pas la même signification que savoir à tout moment ce qu'il s'est passé en T et en T+1, car cela a été mis en lien et synthétisé.
Dans un cas, on a une suite d'informations sans consistance, dans l'autre, on a un document riche où commence à s'esquisser une stratégie d'entreprise (tout ce développement est, bien sûr, caricatural et ne sert qu'à titre d'illustration, dans la réalité, c'est un brin plus complexe).


Si tout cet appareil (entre autres techniques de subversion ou de ruse) ne réussit pas à vous apporter les informations dont vous avez besoin, il vous reste deux solutions :
- Faire appel à des personnes (compétentes) pour mettre en place des opérations illégales.
Plus rapide mais c'est une succession de temps courts (vous avez eu l'information cette fois, mais la prochaine ?), c'est onéreux et bon pour l'égo de savoir que l'on a le pouvoir de mettre en oeuvre ce genre d'opérations.
- Prendre son mal en patience et se dire que l'information finira par transpirer à un moment ou à un autre. Plus long car c'est une véritable stratégie de long terme, cela demande plus d'huile de coude et de matière grise.

Pesez le pour et le contre de l'emploi de l'une ou l'autre de ces possibilités. Mettez en balance le risque économique et juridique pour votre entreprise, sa pérennité, l'impact de la dégradation de son image en cas d'échec de l'opération illégale.
Vous verrez que le choix entre "intelligence économique" et  Intelligence Economique est finalement vite fait...

Publié dans Renseignement

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